Article paru dans «La Philatélie Française»
 Cet article est paru dans La Philatélie Française N° 622 - Les Italiens dans les Basses Alpes

Auteur de l'article : Claude Gerard

Les Italiens dans les Basses-Alpes

L’occupation italienne en Savoie ou dans les Alpes-Maritimes a été abondamment étudiée. Il n’en est pas de même pour les Basses-Alpes. J’ai voulu combler cette lacune. Cette étude s’appuie sur mes recherches aux archives départementales de Digne-les-Bains, sur les souvenirs militaires du Général Olry , du Général Plan, du Général Mer et de Henri Béraud ainsi que sur l’ouvrage italien édité par le Service Historique de l’Armée « La bataille des Alpes Occidentales ».

1. Les combats de juin 1940

Les combats de juin 1940 dans ce département concernent essentiellement deux régions : le Queyras et l’Ubaye. Dans le Queyras, l’offensive italienne est menée par le 3ème Régiment d’Alpini commandé par le colonel Faldella et formé de 4 bataillons d’Alpini renforcés par deux bataillons de Chemises Noires de Turin. La frontière autour du Haut Guil est très escarpée, diffi cile d’accès. Sur 45 kilomètres, on ne rencontre que quelques sentiers muletiers à plus de 2300 m d’altitude, tous enneigés et impraticables. Les Italiens, qui veulent prendre possession du Briançonnais, doivent envahir la cuvette et occuper en priorité le village d’Abriès.

Dès l’aube du 21 juin, des hauteurs frontalières, leur artillerie entre en action et bombarde La Monta et Valpreveyre. Les troupes françaises en infériorité numérique se replient pour éviter d’être encerclées au sud d’Abriès, dans la forêt de Marassan. Leur but est d’empêcher que cette commune ne tombe aux mains des Italiens. Mais le soir même, les Alpini prennent possession des abords d’Abriès et dirigent leurs prisonniers sur Pignerol. La température est glaciale, les rafales de neige et de pluie incessantes. Ce temps épouvantable, inhabituel à cette époque de l’année, est peu propice aux attaques frontales et aux tirs d’artillerie. Le 23 juin par surprise les soldats français reprennent la situation en main.

Dans la vallée de l’Ubaye, le 22 juin les Italiens déclenchent l’opération « M » (comme Maddelena, nom italien du col de Larche) dans le but d’occuper le bassin de l’Ubaye, la région de Barcelonnette puis de contrôler les vallées de la Tinée, du Var et du Verdon. C’est le IIè Corps d’Armée du général Bertini qui commande ces opérations. Il s’appuie sur cinq divisions : la Division Alpini « Cuneense » dans la Haute vallée de l’Ubaye,la Division « Forli » au nord de Larche (1) ,la Division « Acqui »au col de Larche (2), la Division « Pusteria »devant le massif des Fourches et la Division « Livorno » en Haute Tinée. Sa stratégie est simple : profi ter de l’énorme supériorité numérique italienne pour lancer des actions simultanées massives partout;

Le 23 juin, de 3H à 9H, le hameau de Maison Méane est intensivement bombardé par l’artillerie avant d’être occupé. La neige, la tempête et le brouillard protègent l’avancée des Alpini tout en rendant leur marche plus pénible. Beaucoup sont victimes de gelures sévères. Le 25 au matin, lorsque l’ordre de cessez le feu arrive, une compagnie italienne essaie d’occuper le village de Larche mais après une violente altercation avec les offi ciers français, la 17ème Division d’Infanterie n’insiste pas et se retire de l’autre côté du torrent de Rouchouze.

Les clauses de l’armistice signé le 24 juin 1940 stipulaient que les Italiens se maintiendraient en territoire français sur toute la partie frontalière conquise au moment de l’armistice. Dans les Basses-Alpes, les parties occupées sont minimes : la commune de Saint Paul est privée d’une faible portion de son territoire (8300 ha pour 22 habitants) à l’est des hameaux de Combe Brémond et Fouillouse, mais les hameaux eux-mêmes ne sont pas occupés. La commune de Meyronnes est en zone libre. Seule la commune de Larche perd la partie Est de son territoire : sont occupés les hameaux de Maison Méane, Foncrèze, Courrouit, Piz, Lauzannier, Oronaye et la Rouchouze, soit 6460 ha pour une population de 10 habitants. (Rapport établi par le cabinet du Préfet). (3)

Alors que la Savoie sera amputée de 9 communes et d’un hameau, les Hautes-Alpes de 2 communes et 1 hameau et les Alpes-Maritimes de 2 communes et 4 hameaux, les Basses- Alpes ne perdront que 2 hameaux. Administrativement, ils dépendront du Commissaire Civil d’Isola, seul habilité à délivrer les sauf – conduits, à contrôler le courrier.

Dans le mois qui suit l’armistice, les Français se replient derrière la ligne violette de démobilisation. Le département voit s’enchaîner les visites des offi ciels italiens : le Duce, lui-même, chef suprême des armées, vient à Larche le 30 juin féliciter ses offi ciers généraux, le duc de Pistoia rend visite au 3ème Alpini le 1er juillet dans le Queyras et le prince du Piémont rencontre le lendemain le 11ème Alpini en Ubaye.

Les dix gardes frontière italiens établis au hameau de Combe Brémond lèveront le camp dès le 22 octobre 1940. La surveillance est assurée par des patrouilles italiennes qui viennent régulièrement en reconnaissance. Un procès-verbal de police du 14/12/40 précise que leur dernier passage date du 10 novembre, « depuis rien n’est à signaler dans ce hameau ». Un autre procès-verbal du 8 janvier 1941 note le passage le 15 décembre 40 d’une patrouille de skieurs appartenant au Génie italien.

Le hameau de Maison Méane (commune de Larche) est occupé d’abord par une compagnie du 2ème Régiment d’Alpini puis par le 15ème Régiment d’Alpini. Lorsque celui–ci sera envoyé sur le front grec, il sera relevé par la 1ère Compagnie du 3ème Régiment de gardes- frontière constituée de 250 hommes environ sous les ordres du Capitaine Porta et qui était cantonnée jusqu’ici au col de Larche. Un poste de skieurs a été installé dans une baraque construite par les Italiens au sommet de Tête – Dure, au nord – est de Larche, un deuxième poste au sud de Maison Méane, au lieu – dit « Grand Pré ». Ces gardes- frontière possèdent un troupeau de boeufs pour leur ravitaillement. Le pain est cuit sur place. De nombreuses coupes de bois de chauffage sont pratiquées autour du hameau.

Le ravitaillement des habitants de Maison Méane est assuré gratuitement par l’occupant qui fait preuve de correction dans ses relations avec la population. Le passage de la ligne de démarcation s’effectue normalement pour les particuliers munis d’un sauf – conduit délivré par le Commissaire Civil d’Isola. Le passage de cette ligne de démarcation est possible aussi bien pour les habitants du hameau que pour ceux de Larche (essentiellement lors des travaux agricoles) mais ces derniers sont plus sévèrement contrôlés et admis. Les fonctionnaires français, eux, n’ont plus accès à leur ancien poste.

2. Fonctionnement de la Poste

La vie s’organise tant bien que mal entre les deux zones sans heurt majeur, avec beaucoup de débrouille de part et d’autre. Par exemple, pour acheminer le courrier, le procédé le plus souvent employé est le suivant : en hiver en effet, les cols étant impraticables, les liaisons avec l’Italie sont impossibles. Un Italien, civil ou militaire, qui désire écrire en France ou en Italie, rédige sa lettre. Ensuite, il la confie clandestinement à un habitant du hameau qui inscrit sa propre adresse (d’expéditeur) sur l’enveloppe et qui la poste en zone libre à Larche. (Dans les petites communes ou hameaux, les échanges et distribution du courrier se font par l’intermédiaire des bureaux voisins de la zone libre). En sens inverse, c’est le même habitant qui reçoit la lettre et qui la remet à l’intéressé.

Les autorités militaires italiennes soupçonnent un tel trafic et vont soumettre au contrôle une grande partie du courrier de et pour Larche. A plusieurs reprises les Italiens procèdent en zone libre à des prélèvements de correspondance malgré des protestations officielles du Directeur départemental des Postes contre ces saisies illégales. Le Receveur de Larche, pour éviter cette violation des correspondances privées, recevra l’autorisation d’en suspendre l’acheminement et de les conserver jusqu’à la décision définitive des autorités compétentes.

Ces arrangements s’expliquent par le fait que les liaisons postales qui existaient avant la guerre entre les localités occupées et leurs bureaux de rattachement en zone libre étaient interrompues officiellement depuis l’armistice de 1940. Une circulaire ( N° 1572 VA) du Secrétariat d’Etat aux Communications de Vichy adressée à la Direction Régionale des Postes de Marseille, datée du 29 janvier 1942 l’atteste. Elle prévoit une rencontre à Larche entre le Commissaire Civil d’Isola, le Commandant du District de Barcelonnette et le Receveur des Postes de Barcelonnette pour réorganiser les relations postales. à l’ordre du jour, les problèmes d’acheminement du courrier et le fonctionnement de la cabine téléphonique publique de Maison Méane. Les autorités françaises suggèrent que les opérations de distribution et de ramassage des lettres, cartes postales, paquets, mandats, pourraient être effectuées tous les deux jours par un facteur titulaire (ou auxiliaire) muni d’un laissez – passer . Il apporterait le courrier en zone occupée. Celui – ci serait contrôlé par le Commissaire Civil. Après les opérations de censure, il serait remis à nouveau au facteur chargé seul de les remettre aux intéressés. Mais le Commissaire Italien d’Isola, l’avocat Guido BOTTO, adopte une position conforme aux décisions de la Commission Italienne d’Armistice de Turin : en zone occupée, seuls les fonctionnaires italiens sont habilités à effectuer le travail. Les lettres devront être remises au poste frontière de la zone libre au fonctionnaire italien qui, après contrôle, les distribuera lui- même. Quant à la cabine téléphonique, elle sera obligatoirement tenue par un gérant italien, qui surveillera les messages et les communications.

Après le débarquement des Alliés en Afrique du Nord, le 11 novembre 1942, toute la zone libre va être progressivement occupée.

Dès le 28 novembre 1942, 250 soldats occupent la caserne de Larche. Le 30, les troupes italiennes investissent Digne dans une indifférence plus ou moins feinte. Le dimanche matin, les Dignois se rassemblent sur le boulevard Gassendi pour les voir défiler. Celles –ci prennent possession d’un certain nombre de bâtiments militaires et d’immeubles civils loués par l’armée : la caserne Desmichels, les camps de Maud’huy, du Clairon Rolland, l’hôtel Perchot en partie. Elles atteindront Manosque le 14 janvier 1943.

L’utilisation des bureaux de poste français du département des Basses-Alpes par les troupes italiennes se poursuivra dans des conditions identiques, toujours pour les mêmes raisons climatiques qui empêchaient en hiver les relations postales à travers les Alpes. Elle s’amplifiera même : des objets postaux de toute nature, ordinaires, recommandés, mandats… transiteront par une adresse civile chez un particulier, dans un café ou en poste restante.

Face aux protestations et aux tentatives d’intimidation des Italiens, l’administration française des Postes oppose le secret professionnel de toutes les correspondances (assimilant les mandats aux correspondances). En 1943, à plusieurs reprises, les autorités italiennes présentent des ordres de réquisition à des receveurs, comme à Castellane ou à Moustiers-Sainte- Marie, leur enjoignant de remettre aux carabinieri toutes leurs correspondances.

3. La question juive

Dès l’été 1942, le gouvernement de Vichy commence à prendre contre les Juifs étrangers des mesures de répression. En juillet il est prêt à satisfaire les demandes des autorités allemandes concernant la déportation des Juifs. Un télégramme du 8 septembre 1942 du Chef du gouvernement de Vichy prie le Préfet du 04 « d’intensifi er les recherches en vue de l’arrestation d’israélites apatrides conformément aux instructions du 30 août 42. Aucune dérogation ne sera accordée ». Les ordres sont clairs et les services préfectoraux n’ont plus qu’à s’exécuter. Ainsi, le télégramme réponse du préfet fournit une liste détaillée des Juifs recensés dans le 04 : 153 français et 83 étrangers.

L’arrivée des occupants italiens en novembre 42 va modifier sensiblement la situation. Dès décembre 1942 une dépêche émanant de la délégation italienne de Nice stipule que « les Autorités françaises locales qui, suivant les instructions de Vichy (instructions probablement dictées par l’Allemagne au gouvernement français), étaient sur le point de prendre dans les Alpes Maritimes des mesures analogues à celles qui avaient été prises dans les zones non occupées par nos troupes, ont été informées, tant par cette Délégation que par les Autorités militaires italiennes, d’avoir à annuler toute mesure de ce genre (rafles, perquisitions, vérification d’identité, ségrégation…)».

Les troupes italiennes devenaient les garants de la sécurité et de la liberté des Juifs vivant dans les zones qu’elles occupaient en France. Elles donnèrent aux OEuvres Sociales juives la possibilité d’organiser méthodiquement l’accueil et le placement des Juifs qui affl uaient soudain de toute la France. Un centre d’accueil ouvert à Nice, Boulevard Dubouchage, s’occupait de régler tous les problèmes d’intendance, en priorité l’établissement de papiers de séjour en règle.

Et comme la milice et la police de Vichy continuaient à traquer et à arrêter les Juifs encore en situation irrégulière, l’ordre fut donné de les assigner à résidence, sous la protection directe des autorités italiennes, dans des Centres de Séjour Surveillé qui ne ressemblaient en rien aux C.S.S. français. Plusieurs hôtels et maisons furent réquisitionnés dans ces Centres, les frais d’entretien étant à la charge de l’Union Générale des Juifs de France. (4)

De telles griffes sont rares car les « internés » étaient répartis dans plusieurs hôtels. Ils étaient libres de leurs mouvements. Ils pouvaient sortir durant la journée donc envoyer leur courrier par la poste française. Ils avaient seulement l’obligation de ne pas quitter leur lieu de résidence, donc de se présenter quotidiennement aux carabiniers, de ne rencontrer des parents qu’avec l’autorisation du commandement italien.

La dépêche du Commandant militaire de la 5ème Division Alpine « PUSTERIA » ci-dessous, signée par le Général de Castigliari et datée du 14 février 43 concerne les Basses-Alpes. (document 5)

Elle met en demeure le Préfet de trouver dans les 4 localités désignées : Barcelonnette, Enchastrayes, Moustiers-Saintes- Marie et Castellanne des logements pour abriter un certain nombre de Juifs (60, 60,100 et 100). Ces « internés » seront « gardés » par les carabinieri italiens.

La semaine suivante déjà les Italiens procédaient à la recherche de logements. Le 17, un offi cier italien se rend à Barcelonnette pour trouver de quoi abriter 120 Juifs étrangers. Les surveillants carabinieri s’installeraient à l’ancien hôtel Novelty, rue Jules Béraud, 60 Juifs pourraient loger en centre ville, les autres seraient répartis aux environs. Trois fois par jour ils devront venir faire constater leur présence au poste des carabinieri.

A Moustiers-Sainte-Marie, 4 baraquements en bois ne disposant d’aucun ameublement, situés hors des limites de la commune et appartenant à l’administration des Eaux et Forêts, sont proposés par les services préfectoraux. Les carabinieri, eux, pourraient loger en ville !

Comme les recherches ont l’air de traîner en longueur, le Général de Castiglioni envoie une nouvelle dépêche, datée du 20 mars 43 au Préfet de Digne, l’avertissant qu’à partir du 1er avril (soit dans une semaine) une centaine de Juifs arriveront à Barcelonnette. (Voir les documents 6 et 7)

Elle met en demeure le Préfet de trouver dans les 4 localités désignées : Barcelonnette, Enchastrayes, Moustiers-Saintes- Marie et Castellanne des logements pour abriter un certain nombre de Juifs (60, 60,100 et 100). Ces « internés » seront « gardés » par les carabinieri italiens.

Comme les recherches ont l’air de traîner en longueur, le Général de Castiglioni envoie une nouvelle dépêche, datée du 20 mars 43 au Préfet de Digne, l’avertissant qu’à partir du 1er avril (soit dans une semaine) une centaine de Juifs arriveront à Barcelonnette. (Voir les documents 6 et 7)

Les Autorités italiennes désirent prendre elles – mêmes toute initiative en ce qui concerne les Juifs étrangers résidant dans leur zone d’occupation et s’opposent à toute mesure unilatérale de Vichy. Ainsi le gouvernement de Vichy, après un recensement effectué auprès des préfectures, voulait envoyer les Juifs étrangers à ENTREVAUX (04) pour qu’ils rejoignent la 702ème Compagnie de Travailleurs étrangers. Il les obligeait de plus à faire apposer sur leur carte d’identité ou leur titre de séjour la mention « Juif ».

La CIAF de Turin et sa délégation de Nice dans la lettre ci-dessous du 12 janvier 43 (document 8) ordonnent au Commandement italien « d’intervenir d’urgence auprès des autorités compétentes françaises afi n de mettre fi n à ces abus ».

La partie de bras de fer engagée par les autorités d’occupation et la Préfecture va durer plusieurs mois. La préfecture en effet ne fait guère d’efforts pour favoriser la mise en place et le fonctionnement des quatre centres d’hébergement installés dans le département.

Plusieurs lettres émanant du Commandement militaire italien au Préfet de Digne l’attestent comme celle du 6 mars (N° 881) qui stipule « Par lettre N° 231 en date du 14 février je vous annonçais la décision du Commandement italien d’admettre « par mesure de précaution » en résidence forcée « certains sujets ennemis de l’Axe » et des Juifs étrangers et je vous communiquais les localités dans lesquelles ces personnes auraient été recueillies. Je vous transmets ce jour la liste des personnes assignées à résidence forcée à Moustiers-Ste-Marie et à Castellane, avec indication de la date à laquelle elles devaient se présenter dans ces localités respectives. » Suivent 27 noms pour Moustiers et 51 noms pour Castellane. La lettre est signée du Général de Castiglioni.

Le 17 mars c’est le major Gentile ,commandant de la place militaire de Digne qui demande au Préfet (lettre N° 146) de lui faire parvenir pour le 20 courant, la liste nominative des sujets anglais et américains ainsi que celle des Juifs résidant dans le 04. Le préfet demande aux autorités de Vichy quelle attitude avoir face à de telles exigences et, bien sûr, le 30 mars 43, un conseiller d’Etat de Vichy lui répond (Lettre N° 626) « En réponse à votre lettre, j’ai l’honneur de vous informer qu’aucun accord n’est intervenu concernant le contrôle des juifs sur les territoires d’opération des troupes italiennes. En conséquence, les mesures de police auxquelles les Juifs peuvent donner lieu, demeurent de la compétence exclusive des autorités françaises ».

Le 24 août 43, nouvelle lettre du Préfet au commandant du 7ème Régiment d’Alpini (N°2748) : « L’Intendant… m’informe que vous lui avez signalé que les 100 « étrangers » astreints à résidence forcée à Moustiers manquaient de ravitaillement »Il en avise l’Intendant afi n qu’une amélioration «dans la mesure du possible » soit apportée. Et il ajoute « Cependant je tiens à vous faire remarquer que j’éprouve de très grosses diffi cultés pour ravitailler la population « normale » de mon département, aussi je serais désireux que le Commandement italien veuille bien envisager de ne plus envoyer de telles personnes dans les Basses-Alpes ».

Le Commandant italien, suite à cette remarque, demande quelles mesures concrètes le Préfet a prévues pour trouver de nouveaux lieux d’hébergement. (Lettre N° 933 du 1er mai 43)

Le Commandant français de la subdivision de Gap, le 20 juillet 43 dans une réponse au Préfet (N° 431/4) signale que les Italiens envisagent d’implanter à JAUSIERS 200 étrangers originaires de la Côte d’Azur en C.S.S. Il ajoute qu’ils ont repéré plusieurs grosses villas inhabitées qui leur conviendraient mais que, pour les dissuader, il leur a répondu que le ravitaillement de la vallée est diffi cile pour des non cultivateurs et qu’une telle affl uence de gens serait propice à une intensifi cation du Marché Noir (sic !).

Ces exemples parmi d’autres, tirés des Archives départementales de Digne, montrent le rôle essentiel joué par les autorités italiennes pour protéger les Juifs réfugiés en grand nombre dans leur zone d’occupation, le Sud Est de la France et surtout la Côte d’Azur.

Selon Léon Poliakov dans son livre « La condition des Juifs en France sous l’occupation italienne » un plan d’évacuation vers l’Afrique du Nord libérée avait même été élaboré par le nouveau gouvernement italien du Maréchal Badoglio, plan qui échoua à cause d’une publication trop hâtive de l’armistice, le 8 septembre 43, et de la rapidité de l’avancée des troupes allemandes bloquant les frontières italiennes et empêchant toute fuite des populations juives, victimes de rafl es et d’emprisonnement dans des camps provisoires à Marseille et Lyon avant la déportation vers Drancy et l’Allemagne.
(Document du 4 septembre 43 pour SS STURMBANNFUEHRER HAGEN intitulé : « Préparatifs pour l’application des mesures anti-juives en zone d’occupation italienne »).

Deux notes des Renseignements Généraux français confi rment cette politique italienne pro-juive (Notes 6249 et 6280, cf. documents 9 et 10). Datées du 7 et 8 septembre, au moment du retrait des troupes d’occupation, après l’armistice, elles corroborent le soutien des troupes italiennes aux Juifs de la zone occupée afi n de les mettre à l’abri des Allemands.

Le départ précipité des Italiens crée un vide, vite occupé par les troupes allemandes à la recherche des juifs qui n’ont pu fuir à temps.

Epilogue

C’en est terminé de l’occupation italienne en France comme le montre ce rapport (document 11) du Sous-Préfet de Barcelonnette du 11 septembre qui constate que le hameau de Maison Méane occupé auparavant par les Italiens est déjà aux mains des Allemands. Ou ce rapport (document 12) du Directeur des Postes du 04 au Préfet l’avertissant de la réouverture de la distribution postale dans l’ex zone occupée.

Sources bibliographiques :

-Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence à Digne
- La bataille des Alpes Occidentales. Service historique de l’Armée italienne
- La bataille des Alpes Henri Béraud Mémorial Album
-La bataille des Alpes Général Plan et Eric Lefèvre
-La condition des Juifs en France sous l’occupation italienne Léon Poliakov

Claude GERARD
Membre de l’Association Italienne des Collectionneurs de Poste Militaire

 Cet article est paru dans La Philatélie Française N° 622


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