César-Pierre RICHELET 1626 – 1698
Hormis les lexicographes, qui connaît aujourd’hui César-Pierre Richelet ?
Pourtant, Richelet n’est rien moins que l’inventeur du dictionnaire moderne en France ! Il est en effet l’auteur du premier dictionnaire monolingue de la langue française, le Dictionnaire françois, publié en 1680 à Genève.
Pourquoi Genève ? Parce que l’Académie française, créée en 1635 par Richelieu, élaborait toujours, quarante ans plus tard, son propre Dictionnaire et disposait du privilège royal exclusif de publier un tel ouvrage en France.
Mais, lassés par la lenteur des travaux de la Compagnie, certains académiciens formèrent le projet de devancer l’Académie en rédigeant un dictionnaire concurrent. Projet audacieux s’il en est ! Il fallait donc trouver un homme capable de mener à bien l’affaire. Cet homme, ce fut Pierre Richelet.
Pourquoi lui et qui est-il ?
Richelet est né en 1626 à Cheminon. Après avoir été régent de collège, précepteur, puis avocat, il abandonne rapidement le barreau pour se consacrer aux lettres et à l’étude des langues. Traducteur, poète galant et satirique, spécialiste de la versification, il finit par se faire connaître du milieu académique. Non seulement par sa connaissance des langues, mais aussi (et surtout ?) par son caractère bien trempé. Richelet était un homme de conviction, indépendant et volontiers mordant. Son franc-parler et son esprit satirique lui valurent de nombreux ennemis, mais aussi la réputation d’être un homme libre, doté d’une grande indépendance intellectuelle.
Le Dictionnaire françois reflète sa personnalité : « une espèce d’aventurier », comme il le qualifie lui-même. Mais un aventurier érudit : richesse du vocabulaire, clarté des définitions, exemples parfois saugrenus et impertinents, où il règle des comptes, et citations des grands auteurs fondent l’originalité de l’ouvrage.
Le Dictionnaire françois connut immédiatement un grand succès et fut réédité de nombreuses fois tout au long du XVIIIe siècle.
Sa lecture est encore plaisante aujourd’hui, parce qu’elle témoigne de la liberté d’esprit de « l’honnête homme » de la fin du XVIIe siècle.
Richelet mourut à Paris le 23 novembre 1698, à l’âge de 72 ans. Par son exigence, son indépendance d’esprit et son attention portée au français en usage, il est une figure fondatrice de la lexicographie moderne.


